Bruno Arts | Poète

La trilogie verbale d'un enfant de la Terre | volume 2

SANG TITRE - Bruno Arts
recueil en lecture gratuite

1

à Pascale    mon Amour
    à Valentin    ma chair
    à Margot    mon sang
    à vous trois que j’aime plus que toujours
    je donne ma vie si nécessaire
    pour que la vôtre soit éternellement
semée du simple bonheur et qu’il ne vous quitte jamais

1

Il y en a qui vivent parce qu’ils sont là
    il y en a qui vivent pour lorsqu’ils ne seront plus là
    il y en a qui vivent pour ceux qui sont encore là
    il y en a qui vivent pour ceux qui seront bientôt là
    il y en a qui vivent pour ceux qui ne sont déjà plus là
    il y en a qui vivent pour toutes ces raisons à la fois
    mais tous on vit pour on ne sait quoi

2

Plus encore que nos vies
    plus encore que ma mort
    l’Art céleste mentor
témoigne de nos efforts asservis

Qui nous a mis là

3

L’art n’est pas réservé aux esprits doués
    l'art est un calmant pour les esprits tourmentés

4

poème automatique 0802

D’un trait noir    les corbeaux envahissent l’espace sombre de ma chambre à coucher    s’enroulent autour de mon crâne et saignent l’oreiller    Désarticulés    ils swinguent sur le plâtre suintant des murs fissurés de ma chambre froide sur une musique imprégnée d’odeurs acides de dégoût    d’égouts et de marais salants    Des éclairs vert luisant en bombes lacrimales traçantes rouge safran explosent dans les champs d’iris de mes yeux impressionnistes    Impressionné    je suis cette danse malsaine et j’ai beau baisser les yeux    faire les beaux yeux    les yeux doux d’ailleurs    les flashs incessants de leurs grimaces limaces laissent sans cesse des traces au cœur de mon cerveau aveuglé par l’éveinage de l’espace défiguré par le néant de mes pensées

Qui sont ces corbeaux qui planent sur les blés

Pour que de nouvelles pages blanches
se remplissent encore de ton histoire
    pour que les étoiles brillent dans un ciel d’espoir

à mon père

Bats-toi contre la mort
    bats-toi contre elle encore
    bats-toi    c’est elle qui a tort
même si au matin elle veut prendre ton corps
    bats-toi

Pour que de nouvelles pages blanches
se remplissent encore de ton histoire
    pour que les étoiles brillent dans un ciel d’espoir

6

La mort c’est
Qu’est-ce que c’est
On n’en sait rien
    et rien c’est déjà trop
    et rien c’est beaucoup trop
Quand je ne serai plus là
    quand vous lirez ces vers
    l’hiver pour moi sera là
    j’aurai quitté la Terre

7

J’écris ces mots pour l’après-moi
    pour que joue toujours ce requiem
    pour qu’une empreinte de moi
reste gravée dans la terre que j’aime

8

La mort est un instant privilégié
où l’on peut rester seul sans être dérangé
et regarder les autres avec amour
pour ne pas les détester

9

Et si la Terre n’était qu’une galère
    et si le chant des oiseaux n’était qu’une plainte
    et si les arbres si verts n’étaient que matière
    et si le beau s’était noyé dans le lait
    et si le laid n’était que de l’eau
    les mots de mes bouquins
ne serviraient à rien

10

Quand il ne reste que le rêve

11

Ma Mort

Ma mort à moi fait peur à ceux qui ne la connaissent pas
Ma mort à moi surprend ceux qui ne l’attendent pas

Ma mort à moi n’appartient qu’à moi
et je ne veux pas la partager

Ma mort à moi est injuste pour toi
qui m’aime et que j’aime aimer

Ma mort à moi    c’est le prix à payer
pour la vie qu’on m’a donnée

Ma mort à moi    je ne lui parle pas
parce que je ne la comprends pas

Ma mort à moi    elle est forcément bête
    qu’elle soit férocement belle
    cruelle ou inutile    voire accidentelle
    ma mort à moi ne fait pas dans la dentelle

Ma mort à moi me rend immortel
    du moins c’est ce qu’on me dit d’elle

Et au final    reste qui    reste quoi
Où va ma vie à moi

12

poèmes automatiques 92 65 64 95

Ma vie n’est que le rêve mordoré
de ce dormeur égaré
La tête dans la rosée
    le chapeau dérangé
    j’espère qu’après la mort
dans l’infini blessé
    nous nous aimerons encore
    sans que rien ne vienne troubler cet amour
qui se perd dans la nuit au fil des jours
    ni l’aube épanouie comme la fleur du printemps
    ni la tristesse d’un cœur gonflé de sang
Alors le temps rejoindra le temps

13

La vie est un murmure
qui vous bourdonne aux oreilles
    tout comme ces feuilles trop mûres
qui frémissent au vent d’automne
avant de tomber en tourbillons
sur la terre qu’on abandonne

14

Je sens la tristesse m’envahir
    ni l’envie d’aimer    ni de haïr
    au contraire plus d’envie du tout
    un seul regret    ne pas être fou

15

Bombardiers en formation
    quelle est votre mission
Attendons vos instructions
Orage en prévision

Soudain soleil interdit
    soudain ciel obscurci
    déjà pluie métallique
    champignons atomiques

Derniers hommes vivants
dans des lambeaux sanglants
derrière murs en ruine
    mouillés par la bruine

    pendant qu’hommes politiques
    pectateurs attentifs
dans abris anti-atomiques
    fument    boivent    dorment et sifflent

Bombardiers en formation
    quelle est votre mission
Quelle est votre mission    Quell

16

Espoir & Liberté

Les maux de l’espoir
derrière les mots dits barbelés
    les blessures    les morsures de la guerre
qui doivent nous délivrer
    sauf en cas de mort sûre

Les mots de l’espoir
derrière les maux dits barbelés
    la liberté d’expression    sans la censure
    qui doit nous libérer
    sauf en cas de sang sûr versé

Derrière les maudits barbelés
des pouvoirs    des terroristes    des oppresseurs
    il y a les battements de ton cœur
    il y a l’espoir et la liberté
    il y a des mots sûrs à utiliser
sans mesure    avec démesure
    des maux à banaliser
    pour rendre nos vies plus sûres

17

à Vincent Van Gogh

Vincent    au milieu d’un champ d’étoiles
    Vincent    un champ au milieu d’une étoile
    Vincent    en pleine poitrine s’est tiré une balle
En plein champ au milieu d’une toile
le sang se répand dans les blés sur la toile
    la mort a donné la vie à une étoile
Aujourd’hui    on crie au génie que l’on n’avait pas cru
    aujourd’hui    à coups de dollars on fait commerce de ton art
    aujourd’hui    la tristesse ne finira pas    tragédie

Vincent    au milieu d’un champ d’étoiles
    Vincent    je te dédie ce chant parce que j’ai mal
    Vincent    je jette ma peine dans cette toile
En plein champ    sur ta vie tu as mis les voiles
et le sang se répand sur tes toiles
    la mort a donné naissance à une étoile
Aujourd’hui    on crie au génie que l’on n’avait pas vu
    aujourd’hui    à coups de dollars on fait commerce de ton art
    aujourd’hui    ça me fait mal    tragédie comique    ironie cosmique

    Vincent    en plein champ s’est tiré du bal

18

poème automatique 0265

Le visage blême du cœur attaqué au couteau
    déformé par la douleur d’une fracture au cerveau
    riposte d’une rafale de larmes traçantes
    affables    dans la nuit blafarde aveuglante
et accablante comme un pied de nez au levé de rideau
sur la pierre tranchante d’une armée de tombeaux

19

à Pierre Brueghel l’Ancien

Marie que sais-tu ?
ou le triomphe de la Mort

Pourquoi les hommes meurent-ils à tout bout de champ
Pourquoi meurent-ils au bout du champ
Quand la voix s’essouffle au bout du chant
    quand la mort a fauché tout le champ
    qu’advient-il alors du champ
Hier si fertile sous le couchant
    aujourd’hui    servile et sec sous le couchant

La mort fauche à grands coups de faux le champ
    et les hommes tombent au bout du champ
Et les hommes tombent à tout bout de champ
    et la vie tachée de sang chante faux son chant

Tranquille    assise dans l’herbe au bout du champ
    une femme mûre chante un autre chant
Et sa vie tachée de sang s’épanche au bout du champ
    assise    elle aussi meurt au bout du champ

Marie s’est tue sous le couchant    tranquillement

20

S.I.D.A.

Si  l’Intrus  Détruit  l’Amour
Sang  Impure  Devient  Amer
Sens  Interdit  Danger  d'Amour
    
Sexe  Interdit  Diète  d'Amour
Seul  Ici  Dette  Amère
Sans  Idée  Dérives  d'Amour

21

Avec l’amertume de l’impuissance
face à l’inacceptable souffrance
    et le sang vénéneux du non-sens
    la vie nous trahit parfois par inadvertance

22

Tu sauves l’instant

Je t’aime et je cours
J’te rattrape et j’t’attrape
mais t’es toujours devant
Je cours parce que j’t’aime
    je cours et j’m’endors

Je cours et je rêve
J’te rattrape et j’t’attrape
mais toujours c’est du vent
Je dors et j’m’essouffle
    je rêve que je t’aime

je t’aime et je cours
J’te rattrape et j’t’attrape
mais cette fois tu m’attends
Je t’aime    je t’aime et je rêve
    et je cours parce que j’t’aime

Heureusement    tu m’attends
Plus de pas en avant
    plus que le souffle du vent
Dans mon rêve qui s’achève
    la main dans tes cheveux
    je m’éveille amoureux
Je m’éveille là    mourant
    mon amour tu m’attends
    mais le temps n’attend pas

Heureusement    tu m’attends
Plus de pas en avant
    plus que le souffle du vent
Dans mon rêve qui s’achève
    la main crispée dans tes cheveux
    je m’éveille aux aurores
    je m’éveille déjà mort
Et dans la vie qui m’attend
    je t’aime    je t’aime et je cours

Je t’aime et j’m’endors
Pour que notre amour dure encore
    pour que notre amour dure toujours
    je t’aime et je cours
Jusqu’à l’aube mon amour
sauve l’instant avec ton corps
    sauve l’instant d’un souffle
    sauve l’instant avant le soir
d’un son clair de ta voix
    avant que la nuit noire
n’envahisse nos corps froids
    avant que le passage    le corridor
    de la vie à la mort
    du couloir à la rue

    nous fasse connaître l’inconnu

23

Aux urgences    une bien trop longue nuit d’hôpital
    en chien de faïence pour étouffer le mal
    dans l’indifférence noire la plus totale
à dormir par terre comme un animal
    pour qu’Elle    que j’aime    dorme sous surveillance
    protégée d’elle-même    au plus fort de l’errance
    pour qu’Elle voit plus douces toutes ses souffrances
    pour que l’avenir brille au firmament d’étoiles
    aux ciels de nos cœurs qu’aucun nuage ne voile

24

Plus rien n’a d’importance

Quand la souffrance a duré si longtemps
que vient enfin la délivrance
    que le cœur fatigué vacille et plonge dans l’éternité
    que le corps se laisse enfin porter aux vents de lumière
    alors libre enfin    l’esprit s’envole aux bonheurs d’un néant
infiniment loin des terrestres années
Le temps et l’espace se sont effacés
    plus rien n’a d’importance

25

L’horloge du néant

tic tac
Il est l’heure de mourir
tic tac
Encore un souffle et partir
tic tac
Horloge précise    indéréglable
tic tac
    horloge infaillible    qui te précise
tic tac
    il faut partir    pas d’analyse
tic tac
    il est l’heure incontournable
tic tac
    pas de question    pas de retard
tic tac
    il est l’heure    tu pars
tic tac
Allez    à la porte sans attendre
tic tac
Pas le temps de dire au revoir
tic tac
    pas question de se faire attendre
tic tac
    allez allez    c’est sans espoir

Tu ne peux surseoir
au tic tac de l’attaque tactique
de l’horloge mortelle du temps

26

Le grand cri de la vie
Tu meurs un jour
ébloui de lumière
Tu te rendors
    l’oxygène léger
qui brûle ton corps
    tu l’as vite oublié
La blanche lumière
    celle du grand amour
    du temps infini
qui pourtant a rompu son cours
    te noie de baisers dans son lit

27

Bonjour
    aujourd’hui est un nouveau jour
    et j’écris
    et je crie
l’amour
    la mort    la vie
    la pluie les matins gris
    la folie qui grandit
et ton corps qui fleurit

Ton corps    arrondi    
    animé par la respiration lente
de ton âme brûlante
    soulève des parfums amis
sous le ciel alangui
que tes yeux ont envahi

Alors    mon cœur à pleins poumons
    à genoux sur le goudron
    hurle    tambour battant    
    je t’aime comme un fou pour un enfant

Je t’aime et dans mon rêve qui s’achève
    la main crispée dans les cheveux
    je me réveille et je crie

    bonjour
    aujourd’hui est un nouveau jour
    et j’écris
    et je crie
    l’amour
    la mort    la vie
    la pluie sur ton corps gris
    la brume de tes yeux évanouis
    là    sur une route de la vie

Tu me laisses là    devant ton corps refroidi
    sous des draps d’absence
    de poussières et de cendres
    noyé dans l’essence
sous l’épais ciel d’encre
que tes yeux ont envahi
Alors    le cœur entre les dents
    à genoux    anéanti    impuissant
    des larmes grises sur les joues
    j’attends face au néant

J’attends et dans mon rêve qui s’achève
    la main crispée dans les cheveux
    je veille en sanglotant

Et j’attends
que la vie qui s’ennuie
me ramène dans ton lit
    et qu’enfin réunis
    l’amour    à mort    nous envie

28

Elle avait mis une brique puis une autre
autour de son cœur pour le cacher aux autres
    et scellé le tout avec du ciment et des pleurs
    pour qu’on ne puisse plus blesser son cœur

Elle avait mis une brique puis une autre
autour de son cœur    de peur que les autres
à coups de mots effilés comme des lames
    lui perforent le cœur    lui abîment l’âme

Elle avait mis une brique puis une autre
autour de son cœur pour le cacher aux autres
Elle avait tout mis dans une forteresse
    ses sourires    ses douleurs    ses rires    sa détresse

Elle avait mis une brique puis une autre
autour de son cœur    de peur que les autres
à court de gestes tendres    de caresses
    la violentent    la giflent    la blessent

Elle avait mis une brique puis une autre
autour de son cœur pour le cacher aux autres
    parce qu’au plus profond des abîmes de la peur
    elle ne voulait plus qu’on lui abîme le cœur

Elle avait mis une brique puis une autre
autour de son cœur    de peur que les autres
    sans gêne    sans cœur    sans sagesse
    jugent ses erreurs    ses victoires    ses faiblesses

Aujourd’hui    son cœur n’est plus le moteur
    le grisant accélérateur de ses émotions
Protégé par les briques de la peur
    son cœur est un mur de lamentations

29

Aux enfants que la guerre n’épargne pas

Les mains déchirées aux cris des barbelés
    un malaise en tête comme une dépouille
    l’enfant de la guerre    frileux comme l’acier
    laisse des larmes ensanglantées de rouille
lui mutiler l’oreille pour mieux entendre
le monde meurtri qui gronde ses souffrances
Des souffrances contre lesquelles il ne peut se défendre.
Le regard vide de tous les bonheurs de l’enfance
    les yeux crevés par d’invisibles peurs cicatrisées
    il traîne au hasard d’un temps indisponible au présent
    sa vie sans autre avenir certain qu’un morne passé
Assis sur l’espace livide    sans place vraiment
    ô bel enfant    triste prisonnier sans amour
    enchaîné aux cœurs si lourds des hommes fous
que la vie si infaillible a rendus sourds
    à tes pleurs d’espoir    à tes cris de dégoût
    ô mon enfant    ramasse-les ces pierres libres
    brise les carreaux de l’amour    évade-toi
vers des couleurs plus claires qui vibrent
    vers des rivages de trêves    des sommets de joie

30

Mot à mot    maux pour maux
    j’écris les cris
de douleur de la vie
    les doux leurres de l’ennui
à la morne saison de la vie
Mort ne sait-on que tu nuis

Pas à pas    pas d’appât
    plus d’appétit    petit à petit
aux frontières de l’ennui
    au front fier de la nuit
    offrons lierres et pissenlits
à la mort qui nous nuit

De mal en pis    le mal empire
et même si je l’aime trop
    le Monde avec moi expire
    maux à maux    mot pour mot
    sans cri    ni l’écrit
De douleur de ma vie

31

Post-Scriptum

À toi qui me survis    je dédie l’envie de vivre    l’amour et le rire

32

Arthur'R éditions - Poésie
Dépôt légal    4ème trimestre 2 001

ISBN    2-9508760-3-X

© Bruno Arts | tous droits réservés pour tous pays | textes protégés

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